Paroles de lecteurs

Les mondes en cage, Livre I: Paradis Pervers

 

 

Joyce Middleway

Concernant le texte lui-même j’ai été très agréablement surprise. Il est clair que tu as un vrai talent pour l’écriture. D’abord, tu arrives à un très bon équilibre entre les dialogues et la narration. Ton texte gagne donc en fluidité et la lecture est coulante.

Ensuite tu as un bon point fort au niveau des personnages, en quelques lignes seulement tu leur donnes un corps, une âme, des pensées, une existence. Ils prennent donc corps naturellement et n’en sont que plus crédibles. C’est net avec le personnage du junkie par exemple.

Tous ces éléments font que le récit en lui-même devient très visuel et dynamique. On a l’impression de visionner un film. Le lecteur imagine chaque chose qu’il lit et ça, c’est également un gros point fort de ton écriture. Tes images sont percutantes. Je pense par exemple au cimetière avec les cercueils qui sortent etc. et les grillons qui s’arrêtent de chanter alors qu’un froid s’installe. Cette partie du texte carrément visuelle m’a fait littéralement frissonner! (en vrai!)

Un autre de tes points fort et non des moindres réside tout simplement dans ton style. Il est souvent sans fioritures et direct. La narration est efficace et tu ne te perds pas dans les mièvreries ou les trucs inutiles (par exemple quand tu décris des amoureux). Ce qui est bien aussi c’est que tu n’as pas peur d’employer des mots dur et des images particulièrement ignobles. Tu ne te caches pas de ton texte, tu l’assumes et ce que tu décris, tu le décris le plus justement possible. Que ça nous plaise ou non! Cette écriture là rend service à tes thèmes puisqu’elle les place dans les mots. C’est donc une écriture violente, torturée et sans compromis qui ne ment pas au lecteur sur le texte qu’il s’apprête à lire.

Sinon le lecteur sent également que tu sais de quoi tu parles. Notamment quand tu commences à entrer dans les mythologies, on sait que ce thème aura un rôle prépondérant et que toi, l’auteur, tu connais suffisamment bien ton sujet pour nous amener dans se monde sans te perdre. De même quand tu décris la psychologie de tes personnages. Tes mots sont justes et s’aperçoit tout de suite que tu sais ce dont tu parles.

Autrement, j’ai vu avec plaisir que tu avais même utilisé l’intertextualité en citant « Deïrdre ». Peut-être l’histoire de ce livre aura un rapport plus ou moins éloigné avec ta propre histoire?

En tout cas c’est un coup de maître!

En bref, je suis conquise pour toutes les raisons que je t’ai données. On sent directement que tu n’es pas novice en ce qui concerne l’écriture!

Bravo!

 

 

Les impressions que j’avais eu dans les premiers chapitres se confirment, tes personnages sont plutôt travaillés (je pense notamment au démon androgyne avec des chaussons roses et un canap’ géant : cette scène est super visuelle, c’est un délice!). Toujours concernant les personnages c’est vrai qu’il y en a beaucoup, on sent que certains sont principaux et d’autres plus secondaires, à toi d’arriver à les faire tous vivre.

Dans la narration, tu joues à fond la carte de la multiplicité des points de vue, les chapitres ont des narrateurs différents etc. C’est sympa, cependant c’est un truc qui demande une virtuosité dans l’écriture, il faut que tu amènes ton lecteur à suivre les aventures de chaque personnage sans le « perdre » et qu’il finisse par ne plus se rappeler à qui il arrive quoi. Pour l’instant j’ai pas eu de problèmes pour suivre, mais il faut continuer à gérer comme ça par la suite et éviter de rajouter d’autres personnages avec d’autres points de vue pour ne pas arriver à la « cacophonie des voix ».

Concernant l’écriture, t’as pas changé ton fusil d’épaule et tant mieux, toujours des expressions visuelles et audacieuses, très « orales » qui contribuent à créer ton univers un peu nonchalant, fait de personnages désabusés aux caractères bien définis. Ca je pense que c’est un de tes gros atouts, j’ai jamais lu ce style d’écriture pour du fantastique ou autre.

Un autre atout : tes références notamment bibliques. J’ai beaucoup aimé ton histoire sur Judas. Ca capte vraiment l’attention et introduit une part mystique (démystifiée) évidente.

Dernier point et non des moindres (last but not least) : je ne m’y attendais pas du tout mais ton histoire est vraiment prenante. Je ne suis pas une habituée du genre et pourtant, j’attends vraiment que tu publies le chap. 6. On veut savoir le fin mot de l’histoire. Ton écriture très visuelle est décomplexée fait qu’on a l’impression de vivre une aventure intérieure qui se déroule se déroule se déroule. Ton bouquin on a envie de le lire d’une traite, tac tac tac! Et toute la nuit s’il le faut!

 

Honorine

Déjà dès les premières lignes j’ai su que l’histoire allait me plaire. Même si je sais déjà que le démon de limerick possédait un aspect surnaturel, je peux dire même une dimension religieuse, j’aime beaucoup la manière dont tu as introduit ton récit, ainsi que la façon dont tu l’as conclu. Mais ça ne doit pas vraiment être étonnant vu que tu as dû voir par l’intermédiaire de la MDP que je suis très portée sur tout ce qui touche au divin, de près ou de loin et surtout quand on tourne cet univers vu à tord comme vertueux par trop de gens en un monde plus vicieux, plus complexe, plus réaliste…

En ce qui concerne les personnages, et bien l’on revoit les bonnes têtes du démon de limerick*.

Comme je disais plus haut, je ne suis pas très accro à la première personne, tout comme j’ai une préférence pour les univers médiévaux ou antique, mais ca m’a vraiment étonnée de voir à quel point ma lecture s’enchainait aussi bien et aussi vite. Je ne dis pas ça pour te blinder de compliments, toutefois j’ai vraiment aimé ma lecture. En fait j’ai surtout aimé ton style d’écriture même si je sais que c’est tôt pour dire ça étant donné que je n’ai lu que le premier chapitre, donc presque rien de l’histoire.

J’ai lu beaucoup d’histoires mais j’ai rarement vu une telle manière d’écrire et de faire parler ses personnages. Tu as un côté décalé qui rend ton écriture amusante et terrifiante à la fois. Tu utilises pourtant à chaque fois une voix totalement différente pour tes personnages mais ils semblent tous avoir en eux cet aspect étrange qui les font sortir du monde lambda, même Derb qui apparait d’une grande banalité. C’est peut-être moi qui cherche trop là où il n’y a pas d’explications mais le contraste entre Derb et Adam m’a sauté aux yeux, rien que dans ta manière d’écrire.

Derb est plongé dans une routine sans pareil, sa vie est calculée à la seconde. Tu utilises plus souvent des phrases ou des propositions courtes et la manière, dont tu écris, donne l’impression que son point de vue n’est qu’un compte-rendu précis de sa journée où elle expose point par point ce qu’elle effectue. Tout s’enchaîne, tout va si vite que même elle semble perdue parfois mais malgré ça elle se reprend vite et reste ancrée dans une mécanique parfaite. C’est une vie effrayante et j’imagine que son développement sera intéressant par la suite sachant ce qui l’attend.

De son côté, Adam est totalement le contraire. Tes phrases sont plus longues et face à Derb, il parait d’une lenteur incroyable. Alors que Derb semble faire plusieurs constats sans s’en soucier vraiment, Adam, à la simple vue du couple, les observe pendant presque l’intégralité de son premier point de vue et si chez Derb l’on a surtout une description ancrée dans la réalité, avec Adam on est principalement plongée dans ses pensées. Et quelles pensées ! J’apprécie beaucoup son attitude désinvolte et ta manière d’employer le langage familier, lui donnant presque une certaine finesse et un naturel déconcertant. C’est un personnage atypique, peut-être par son honnêteté exacerbé mélangé à sa grande insolence. Je sens que je vais beaucoup l’aimer par la suite.

Astaroth. J’apprécie son côté extravagant qui frôle presque le ridicule et que par son côté de petite vie rempli de fanfreluches rose bonbons, il contraste complètement avec sa personnalité complexe et assez malsaine (voir très si on revient à sa première apparition dans le récit). Mais j’aime aussi chez lui le caractère qu’il semble s’être fabriqué à l’image de son aspect extérieur et de tout ce qui l’entoure : nonchalant, une pointe de prétention qui disparait aussitôt qu’il a affaire à plus supérieur. Je l’imagine bien dans le rôle du flagorneur manipulateur.

Qui plus est, cela m’a fait sourire de voir que tu emploies plusieurs fois le terme de « raffiné » pour le qualifier alors que juste avant tu as utilisé le contraire pour désigner le décor de chez lui qui est abominablement kitsch, ce qui lui convient davantage au vue de son mauvais goût et si outrancier. Non sincèrement, il me plait beaucoup. Il semble posséder plusieurs facettes et c’est-ce qui m’intrigue.

*Le démon de Limerick est une histoire qui fait suite aux Mondes en cage. 

 

Roméo

 

Ton histoire est original et très agréable à lire. Fascinante et macabre à souhait. Tu as une belle plume (pleine d’oralité) et tes personnages possèdent déjà une vraie âme pour un début. J’ai hâte d’en apprendre plus sur Adam et Derb! Ainsi que toute cette troupe de mauvais démons!

Bonne continuation.

 

K.Héva

J’ai adoré ce roman ! Chaque personnage est soigné, si bien que même les seconds rôles sont charismatiques, certains sont carrément chatoyants. Les ambiances sont si bien maîtrisées qu’à plusieurs reprises, je visualisais les scènes comme dans un film, avec différents plans de caméra. L’histoire est riche, loin des stéréotypes du genre, plusieurs mythologies se mêlent les unes aux autres, sur plusieurs époques pour nous faire voyager à travers le temps et l’espace. L’auteur possède une solide culture générale et tisse son intrigue sur la trame de l’Histoire avec subtilité.

Concernant le scénario, dès le début, j’ai senti que j’avais à faire à quelque chose de passionné et de sombre. Les anges et les démons cherchent à se débarrasser de leurs émotions humaines, mais certains sont plus doués que d’autres à ce jeu là. Certains sont hypocrites ou simplement trop sensibles. L’intrigue est bien menée et j’ai bondi de mon lit à plusieurs reprises tant il recèle d’audace. Vivement le tome 2 !

Kerberus

Synopsis:

Notre Terre n’est pas le seul monde qui soit, le plan existentiel en fourmille de plusieurs y comprit le paradis et l’enfer. Depuis des siècles Lucifer et Dieu se jouent des humains, se servent de notre monde comme d’un terrain pour leurs petits jeux.

Parmi les humains le destin d’Adam et celui de Derb vont se croiser et les lier dans un maelström de douleur et de souffrance. Pendant ce temps Jude va retrouver malgré elle les routes qu’elle avait délaissé.

Critique:
Tout d’abord il y a les personnages. Chacun est travaillé avec minutie que ce soit au niveau de la personnalité ou de la psychologie, peu importe qu’il s’agisse de quelqu’un de bien ou le pire des salopards on rend plaisir à les suivre. Et ce sera à totu à chacun de choisir son ou ses préférés parmi ce panel très hétéroclite.

Pour ce qu’il en est de l’histoire je n’en dirais pas trop afin d’éviter tout spoilers car oui elle révèle de nombreuses choses, pose beaucoup de questions, d’énigmes dont certaines seront résolues ou pas. L’histoire à aussi cette force de ne pas s’atteler qu’à une seule trame mais à suivre les destins de plusieurs personnages en parallèle.

Question écriture hormis les quelques coquilles citées plus haut, la narration se fait très fluide, on plonge dans l’histoire e on se laisse aller d’un bout à l’autre sans temps morts. Un des point fort est le fait que chaque paragraphes soient en fait raconté par un personnage ce qui nous donne sont ressenti sur le moment. Alors certes au départ cela peu peut-être rebuter ou paraître étrange ce choix de tout raconter à la première personne, mais au final cela ajoute un plus au roman.

 

Keagan Ashleigh

Paradis Pervers est le tout premier livre publié d’Imionn Siad, un bébé qu’elle couve depuis la fin du lycée et dont j’ai souvent eu quelques scènes en avant-première, je me souviens aussi en avoir lu quelques passages sur fanfic.fr, autant dire que ça fait longtemps que j’aime cette histoire.

La première chose que vous devez savoir a propos de ce livre, c’est que Imionn est un conteur né. Elle a l’art et la manière de vous embarquer dans les péripéties de ses personnages, et je suis très heureuse que désormais tout un chacun puisse découvrir cette qualité.

Nous allons entrer dans le vif du sujet, mais d’abord, sachez que je vais essayer de vous la faire sans spoilers, mon but c’est surtout de vous donner envie de lire ce livre (heureusement y’a une balise spoilers, mais je vais essayer de faire sans).

Les Mondes en Cage est un très bon premier roman. Tout d’abord parce qu’il sait vous happer et vous fasciner – je l’ai dévoré en moins de deux semaines, autant vous dire que pour un roman de 408 pages c’est assez notable pour moi. Il est de ces romans qu’on dévore, qu’on a du mal à lâcher.

Cela tient à plusieurs choses, à commencer par l’originalité du récit, qui combine en lui seul diverses mythologies, notamment les mythologies nordiques et celtes, et surtout les mythes chrétiens (je veux pas froisser nos amis croyants mais je vois pas comment appeler ça autrement que « mythe »). On a le Paradis, ici nommé Eden, et l’Enfer, ici nommé Shéol, qui se livrent une guerre sans merci déclenchée par l’ange Jude Iscariote, fille du tristement célèbre Judas – mais est-ce bien elle qui est responsable du conflit? N’est-elle pas plutôt un pion sur l’échiquier, instrument d’un complot sournois? Comme le sont Adam et Derb, anges « en formation », morts dans des circonstances plus que douteuses, forcés de cohabiter.

Là est toute la question: qui tire les rennes? Quel est l’enjeu de ce jeu sournois?

Et si toute notre perception du bien et du mal était faussée? Les fourbes et les « méchants » ne sont pas ceux que l’on croit.

C’est pas à pas que les indices se dévoilent, découvrant des vérités qui perturberont immanquablement la vie des personnages, et emporteront le lecteur dans une intrigue aussi fascinante que troublante.

J’ai eu énormément de plaisir à lire ce livre, parce que les personnages sont tous écrit avec justesse et sensibilité, et cette intrigue m’a fait basculer en mode Sherlock Holmes. Je suis une théoriste dans l’âme, vous voyez, pour moi lire un livre et chercher la clé de l’énigme, c’est la garantie qu’il y a déjà un énorme point de marqué.

Parlons un peu des personnages – je ne suis cependant pas sure de pouvoir rester spoiler-free sur ce coup.

On commence d’entrée de jeu avec Lucifer, un personnage complexe (ils le sont tous, ceci dit), qui perds l’homme qu’il aimait comme un frère, des mains mêmes de son propre père, l’Elohim (en d’autres termes: Dieu). De cette perte naitra un déchu qui toute sa vie aura une perception sinistre de l’amour, s’en prémunira autant que faire se peut en érigeant autour de lui des murs solides faits d’indifférence et de contrôle de soi. Lucifer, c’est celui qui a souffert d’avoir un jour aimé, et en souffrira toute sa vie.

Du moins, jusqu’à ce qu’il rencontre Jude, fille de Judas Iscariote, unique en son genre (littéralement), humaine devenue ange, descendue au Shéol pour y rencontrer Lucifer dont elle tombe irrévocablement amoureuse. Bien que Lucifer ne lui serve que froideur et indifférence, elle parvient à éveiller en lui de l’affection – de l’amour peut-être?

Elle le trahit un jour, du moins ce sera comme ça qu’il le percevra, la vérité est plus subtile. Jude tente de mettre fin à la guerre qu’elle a déclenché en faisant un choix: celui de quitter le Shéol, puis de quitter l’Eden, elle se réincarne humaine.

Pour moi, il ne fait nul doute que pour Lucifer, la blessure est vive. Il aura beau nier tout sentiment à l’égard de la fille Iscariote, pour moi ses sentiments sont bien là, même s’il les abhorre.

Il les abhorre autant que le troisième parti d’un triangle amoureux céleste: Daniel. Il porte le même prénom que mon grand-père mais c’est là tout ce qu’ils auront en commun, mon aïeul était la bonté personnifiée, Daniel n’est rien de cela.

Lui aussi s’attache à Jude, il est lui aussi assaillis de sentiments qu’il abhorre et veut éliminer, mais quand Lucifer y parvient à force de contrôle, Daniel lui est consumé par eux. Daniel n’est pas l’archétype de l’ange bienveillant, loin s’en faut. Il est violent, colérique, et surtout il cache bien son jeu.

Il veut posséder Jude Iscariote, a quelles fins?

Et toute leur histoire pose une question centrale: qui est réellement Jude Iscariote? En quoi est-elle spéciale? unique? Pourquoi les destins de l’Eden et du Shéol reposent sur ses épaules?

Pourquoi Yeshoua, (Josh, pour les intimes, mais vous le connaissez sous le nom de Jesus), la pousse-t-elle a faire un choix?

C’est le noeud de l’énigme.

Ce que j’aime dans ces personnages, c’est qu’ils ne sont pas ce à quoi l’on s’attends. Tout particulièrement Yeshoua. Je ne peux pas vraiment parler de ce personnage sans spoiler, mais Yeshoua, c’est un personnage qu’on ne voit qu’au travers des yeux des autres personnages (le récit est narré du point de vue des personnages, chacun tour à tour), et comme je le disais à Imionn justement: c’est cool. C’est cool parce que Yeshoua, jusqu’à l’avant dernier chapitre, est le gros point d’interrogation de l’histoire. Pour chaque personnage, on arrive à comprendre leurs natures et leurs intentions. Pour Yeshoua, le mystère est total. Ce personnage que l’on croit intrinsèquement bon et dénué de toute malice, tant par la vision qu’en ont les autres personnages que par ce qu’on sait du personnage « réél », pose un doute. Il n’est certainement pas ce qu’il semble être, et ses intentions demeurent un mystère.

Je continue sans transition vers les autres acteurs et actrices de cette épopée:

Commençons par Adam et Derb. Adam, c’est un personnage torturé et constamment dans le doute de lui-même. On le rencontre toxicomane et psychologiquement malade. Il sera le pion d’une machination à l’échelle biblique. Possédé par un démon – Astaroth (dont je parlerais plus tard) – il viole et tue Derb. Officiellement parce que le petit-ami de cette dernière à vendu son âme au démon en échange d’une faveur: se débarrasser de Derb. Parce qu’il est né avec une maladie psychologique dont il est victime, il sera propulsé au Paradis. L’incompréhension est déjà totale avant qu’on ne lui apprenne qu’il devra cohabiter avec sa victime, qu’il devra apprendre à être un ange à ses côtés. Bien évidemment, ça ne va pas vraiment bien se passer…

Adam est un personnage que j’apprécie du fait qu’il a une compréhension originale du monde qui l’entoure. Il est paumé, mais il fait de son mieux pour comprendre et s’adapter. Adam est quelqu’un qui questionne, mais surtout qui remet en question, on verra dans le récit que c’est important. On s’apercevra plus tard qu’il n’est pas qu’un pion. Et qu’il y a une bonne raison pour laquelle « c’est sur lui que ça tombe ». On n’aura pas la réponse dans ce tome mais on sent qu’il n’est pas là par hasard. Il le sent lui-même.

Derb, quant à elle, m’a d’abord donné d’elle une image de pleurnicheuse. Elle est victime de bout en bout – sans même évoquer les circonstances de sa mort. Elle est d’une naïveté autant touchante qu’irritante. Derb est énervante. Elle est faible. Mais c’est justement ce qui fait d’elle un élément indispensable de ce récit. Tous les personnages sont perclus de cynisme, de violence, sont désabusés ou sournois. Elle est un souffle d’humanité dans ce monde obscur et d’une dureté implacable. Ce monde ébranlera néanmoins son innocence, profondément. Elle non plus n’est pas là par hasard (je ne vous en dit pas plus).

Bien qu’elle m’ait soûlé dès le départ par son côté nunuche qui pleurniche tout le temps, c’est un personnage que j’apprécie parce qu’elle est réaliste, honnête, touchante, et parce qu’elle n’est pas limitée à sa faiblesse. Elle part de loin mais il lui faudra puiser sa force en elle-même, c’est un personnage qui ne peut qu’évoluer (et elle le fera).

Astaroth maintenant. Ahhhh Astaroth… Quel personnage! Représentez-vous un démon d’une violence brute, un manipulateur patenté, un être qui se repaît de souffrance – le mal incarné en somme, dans tout ce qu’il a de vil et d’ignoble -, le tout enrobé de fanfreluches rose bonbon et d’un sens de l’esthétisme très pointu, et vous aurez Astaroth. J’aime ce contraste, ça en fait un personnage détestable mais qu’on adore. Mais bien qu’on se laisse séduire par cette image d’un démon aux cheveux blonds filasses sirotant un thé parfumé, engoncé dans un top à paillettes et des chaussons moumouteux roses – quel tableau! – on n’en oublie pas moins qu’Astaroth est peut-être bien le pire connard de cette histoire. Il se trouve à la croisée des destins d’Adam et Derb, et on verra que son rôle ne se borne pas à honorer un marché passé avec un humain en échange de son âme, non, il a ses propres desseins, et sert également sournoisement des desseins plus grands que lui-même.

J’aime ce personnage pas seulement parce qu’il est original et loufoque mais parce que c’est un intriguant. Il pourrai largement piquer la place de Loki au panthéon des dieux de la discorde. Son rôle est aussi subtil que le thé qu’il affectionne.

Poursuivons avec Azazael. Azazael est un déchu, chargé par Lucifer de ramener Jude au Shéol. Il a un contentieux très personnel avec cette dernière, leur relation en ressort explosive.

Ils se détestent cordialement, c’est le moins qu’on puisse dire, mais Azazael est fidèle à son maître et se farcira la fille Iscariote jusqu’au bout de l’Enfer puisqu’il le faut.

Violent comme se doit de l’être une créature du Shéol, il n’en est pas pour autant le plus vil des représentants. Azazael ne se cache pas des sentiments qu’il éprouve, et il me parait être au final le moins tordu de tous, anges et démons confondus. C’est un personnage intéressant en ceci qu’il est le plus honnête des créatures du Shéol, ce qui me laisse à penser que la relation de haine qu’il entretient avec Jude va évoluer en quelque chose de différend. Je ne sais pas pour l’instant mais je pense qu’il pourra se montrer un allié de taille pour Jude.

Pour finir ce tour de table des personnages: David et Saraï. On ne sait que très peu de choses d’eux, et l’une de ces choses est un spoiler, donc je resterai brève. David et Saraï sont les enfants de Yeshoua, et sont présumés morts – pour une raison que l’on ignore, ils se cachent tant de l’Eden que du Shéol. Mais leur place dans le récit est essentielle, tant pour les arcs narratifs de Jude et du duo Adam/Derb. Je ne peux pas en dire plus.

Et bien sûr il y a un dernier personnage d’importance, mais son importance ne se révélant qu’à la fin, je ne l’évoque pas ici et ne le nommerai pas, je préfère que vous le découvriez tout seuls. ^^

Bien! Que dire de plus maintenant? Je pense que j’ai fait le tour de ce qui fait que j’ai aimé ce roman, il me restera deux trois points à aborder.

Tout d’abord, j’ai aimé les messages que délivre Imionn dans son roman. On partage une vision du monde assez similaire dans le fond, et ses mots résonnent avec ma propre façon de voir les choses. Il y a par exemple ces odes à la nature, à l’énergie qui circule et dont on s’émerveille. J’ai ressenti les perceptions de Jude quant à la nature, je comprends ce besoin de se revitaliser au plus près du sol, de s’emplir du silence propre à la nature sauvage, les odeurs, et la paix qu’ils apportent.

Dans un autre exemple il y a aussi la vision qu’elle présente du monde, avec la sensation d’Adam d’être « hors du monde », d’être spectateur. Il y a tout un passage où Adam explique qu’il aime observer les gens – c’est quelque chose que je fait moi-même, j’ai cette même sensation d’être spectatrice du monde, avec la sensation de vraiment le comprendre qui accompagne cette position d’observateur.

C’est tout ça qui fait que, au-delà de m’identifier aux personnages, je m’identifie au récit lui-même, aux mots, aux idées qui le traversent.

Et si moi j’ai compris ces mots, ces idées, ça marche aussi à l’envers: ce livre m’a compris, moi. Il y a une relation de connivence qui s’établit alors entre le récit et moi – et j’espère de tout mon cœur que d’autres lecteurs et lectrices ressentiront eux et elles aussi cette connivence.

J’ai par ailleurs adoré la richesse en ce qui concerne les mythes et théologies, je sais qu’Imionn s’est documentée toute sa vie pour atteindre ce niveau de connaissance des mythologies, ça se ressent ici.

Je vais terminer par dire que tout ça, toutes ces qualités qui font ce livre, sont portés par un style d’écriture juste et tout simplement excellent, et par une autrice de talent, sensible et clairvoyante que je suis fière d’avoir pour amie.

Sachant cela, je sais qu’il y en aura beaucoup pour dire que de fait, je ne suis pas impartiale et objective – ce serai mal me connaitre. Je ne serai pas une amie digne de ce nom si je n’étais pas honnête, et je le suis – sachez donc que chacun des compliments que je fait à cette oeuvre est sincère. Et s’il me faut dresser une liste de défauts pour vous paraître objective – je n’en ai que deux: j’aurai apprécié que Derb ait plus de « temps de parole » – on ne suit le récit de son point de vue que rarement et je trouve que c’est un peu dommage, même si ça ne gêne pas; et le deuxième défaut a déjà été discuté et réglé donc on s’en fout. Ah, si, pour taquiner un peu: ils ont tous les cheveux longs, ça frise l’obsession… :o) Un personnage aux cheveux courts pour la prochaine aventure, ce sera ton défi, Imionn! XD

Dernier tout petit point: notez que c’est Imionn elle-même qui a designé la couverture de son roman, et franchement elle claque. Celle du tome 2 est sublime également. Ca mérite d’être noté, parce que franchement c’est du bon boulot.

Voilà, ainsi s’achève cette critique qui je l’espère vous aura donné envie de plonger le nez dans ce roman. ^^

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